mardi 12 janvier 2010
Dans les quartiers, "le tissu associatif est en train de mourir"
LEMONDE.FR | 12.01.10 | 19h36 • Mis à jour le 12.01.10 | 19h59
e ministre de l'immigration, Eric Besson, a assisté, mardi 12 janvier, à une réunion du collège du Haut Conseil à l'intégration (HCI). Alors que, parallèlement, s'engageait le débat sur l'identité nationale, le HCI, auteur d'un rapport en avril 2009 sur les valeurs de la République, est allé débattre de ce dernier thème dans cinq agglomérations de province (Marseille, Lyon, Strasbourg, Lille, Cergy) avec les associations de terrain – une centaine au total. Patrick Gaubert, son président, explique ce qu'il a retenu de ces rencontres.
Qu'est-ce qui est ressorti des débats que vous avez organisés ?
Bien plus que de connaissance des valeurs de la République et de leur transmission, les participants nous ont surtout parlé de discriminations, de diversité, du manque de reconnaissance de la part de l'immigration dans l'histoire de France et de son apport à la richesse économique du pays…
Plus inquiétant encore, ils ont mis en avant les risques d'un repli identitaire. Ces comportements se justifient, nous ont-ils expliqué, par les difficultés d'intégration, d'insertion dans la société qui entravent le vivre ensemble et par un manque de proximité entre l'Etat et les citoyens. Lors de certains matches de football, "ce n'est pas la France qui est sifflée", selon les associatifs, c'est "l'Etat qui ne tient pas parole".
L'absence de réponses satisfaisantes de la puissance publique quant aux discriminations porte, disent-ils, les personnes à se replier sur " le cercle solidaire de la famille et de la communauté d'origine ". Nous ne sommes pas sortis indemnes de ces réunions.
Absence de mixité ethnique, sociale, culturelle, manque de reconnaissance, invisibilité de l'Etat : on est loin de la teneur prise par le débat sur l'identité nationale lancé par le ministre de l'immigration.
Nos interlocuteurs n'ont jamais abordé la question de l'identité nationale. Ils ont lancé un appel au secours. Car les gens dans les quartiers attendent qu'on leur démontre qu'on ne leur assigne pas que des devoirs : l'Etat a aussi des devoirs.
Les inégalités sociales et économiques, les discriminations (particulièrement le contrôle au faciès) sont vécues comme des contradictions fondamentales avec ce qu'ils estiment être des valeurs théoriques de la France républicaine. La multiplication des contrôles de police, leur répétition parfois au cours d'une même journée attise le sentiment de discrimination et aggrave chez les jeunes issus de l'immigration le sentiment d'être des citoyens de seconde zone, voire les renvoie à la condition d'étrangers qu'ont connue leurs parents ou grands-parents.
Quand on demande à ces jeunes s'ils se sentent Français, ils vous retournent la question, contestant que le doute ne soit émis que pour eux. Même si, comme tous les jeunes Français, ils ne connaissent pas bien les valeurs, la quasi-totalité les respectent et demandent avant tout que l'on sorte du discours incantatoire.
L'accent a aussi été mis, dans la presque-totalité des régions visitées par le HCI, sur le besoin d'instruction des femmes non scolarisées immigrées depuis longtemps en France. Et en particulier de celles qui, abandonnées par leur mari, rencontrent de graves difficultés pour élever leurs enfants. Le rôle des associations, ici en particulier, est essentiel.
Mais nombre d'associations se disent aujourd'hui fragilisées.
Cette fragilisation nous a clairement été soulignée. Si l'Etat a créé ces dernières années des outils publics d'accueil (avec le contrat d'accueil et d'intégration par exemple), de lutte contre les discriminations (avec la Halde), ou encore de connaissance (avec la CNHI), le rôle essentiel des associations en matière d'insertion dans la société, d'insertion républicaine, a été quelque peu négligé, alors que celles-ci sont le complément nécessaire des structures de l'Etat.
Le tissu associatif est en train de mourir. Il faut le revitaliser, lui donner des moyens. Pour cela il faut examiner la possibilité de passer des conventions avec les centres sociaux, les missions locales, les régies de quartier, et les structures associatives qui, sur le terrain, génèrent du lien social.
Avez-vous été entendu par le ministre ?
L'échange a été constructif. Le ministre ne partage pas notre diagnostic sur les associations, le jugeant trop "radical". Mais il a accepté que le HCI, son ministère et celui de la secrétaire d'Etat à la ville Fadela Amara examinent ensemble cette question.
Propos recueillis par Laetitia Van Eeckhout
lundi 11 janvier 2010
Amélis, une association devenue entreprise " pour grandir "
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| 12 janvier 2010 |
Amélis, une association devenue entreprise " pour grandir "
| MÉLIS, une association spécialisée dans l'accompagnement des personnes âgées qui prospérait depuis sa création en 2002, a été amenée à adopter le statut d'entreprise pour poursuivre le développement de son action sociale et en améliorer la qualité. Née du constat d'un manque de structures spécialisées pour les personnes dépendantes alors que le vieillissement de la population va croissant, l'association avait développé dans le département des Yvelines une offre globale de services pour favoriser le maintien à domicile des personnes âgées, en assurant la coordination entre les divers besoins (accompagnement du retour à domicile après une hospitalisation, auxiliaire de vie, portage des repas, aide ménagère, soins à domicile, relation avec le médecin traitant, soutien psychologique à la famille, téléalarme) par un interlocuteur unique. Le service à la personne est un secteur porteur qui poursuit son expansion malgré la crise. Plus de 100 000 emplois y sont créés chaque année depuis 2006. En 2009, les particuliers employaient 2 millions de salariés à domicile, tous services confondus, selon l'Agence nationale des services à la personne. Amélis n'échappant pas à cette tendance a fait le choix, en 2005, du " social business " tel que défini par son fondateur Muhammad Yunus : les méthodes d'entreprise doivent devenir le moteur du projet social. Pour améliorer le financement de son action sociale, la développer et la professionnaliser, l'association a décidé de se transformer en SARL dans un premier temps en 2005, puis en société par actions simplifiée en 2009, passant sur cette même période de 50 à plus de 250 auxiliaires de vie au service de 1 500 familles (contre 70 en 2005). Pour faire bénéficier son activité sociale du savoir-faire commercial et des mécanismes de marché, le président-fondateur de l'association, Guillaume Staub, s'est adjoint en 2005 les services d'Amaury de la Serre et de Julien Delcour, qui avaient déjà monté plusieurs entreprises. Amélis avait alors le projet d'ouvrir une seconde agence à Paris et, à moyen terme, de développer un réseau en province. Mais la création d'une seule nouvelle agence nécessitait 250 000 euros d'investissements et, surtout, il fallait créer, pour professionnaliser l'activité, une " tête de réseau ", une structure qui déchargerait les équipes du travail administratif afin d'atteindre l'objectif de 70 % du temps consacré aux familles. Le choix du statut d'entreprise plutôt que d'association a ouvert la porte aux capital-risqueurs " qui n'investissent pas dans les associations, mais dans les entreprises ", souligne M. Staub. Quant à l'avantage fiscal qui favorisait encore en 2002 les associations du secteur, il avait quasiment disparu avec l'entrée en vigueur de la loi Borloo de 2005 sur la professionnalisation des services à la personne. " A partir de 2008, on avait un modèle qui tournait bien sur les Yvelines. On a mis un an à lever les fonds, car les investisseurs sont encore peu coutumiers de l'économie sociale. On a pu moderniser la structure et développer l'activité - une deuxième plate-forme a été créée à Paris, une troisième ouvrira fin janvier dans les Hauts-de-Seine - et une notoriété d'enseigne commence à émerger : Amélis est aujourd'hui référencée dans les hôpitaux pour le retour à domicile des personnes âgées ", indique Amaury de la Serre. Le maintien à domicile des personnes âgées est encore majoritairement assuré par le gré à gré et les associations. " Il est pourtant plus facile pour une entreprise de garantir une qualité de services standardisée que pour un regroupement de petites structures indépendantes ", estime M. de la Serre. Anne Rodier |